
Selon une récente étude menée par TNS SOFRES auprès d'un échantillon "représentatif" de 1000 personnes agées de 18 ans et plus, 14% des français auraient téléchargé gratuitement des fichiers artistiques (films, musiques) ces 12 derniers mois. Un chiffre en constante augmentation depuis 2003.
Cette part désormais importante de la population -presque 1/6 des français- inquiète de plus en plus les majors du disque et leurs alliés, qui malgré une pression chaque fois plus forte -on se souviendra par exemple de l'antienne "Le piratage nuit à la création artistique" lancée par la FNAC le mois dernier -, paraît avoir de plus en plus de mal à se faire entendre. D'une part, parce que la population concernée est particulièrement jeune, et donc moins soucieuse des lois que leurs aînés : le téléchargement illégal concerne 5% des 50-64 ans mais 39% des 18 - 24 ans, auquels il faudrait rajouter la part encore supérieure des adolescents de 14 à 18 ans. D'autre part, parce que la population concernée est une population majoritairement diplomée et aisée, ayant les moyens matériels pour télécharger mais aussi les "moyens de se défendre" face au battage médiatique : ainsi, 34% des cadres utilisent le P2P contre 17% seulement des ouvriers et chômeurs.
De même, il faut s'interroger sur les motifs qui poussent cette catégorie de population à promouvoir "l'illégal" face au "légal".
Tout d'abord, il faut voir que le partage de fichiers n'a pas la même connotation péjorative que peut l'avoir la copie ou le vol d'un disque dans un magasin : en ce sens, "partager", ce ne serait pas voler ; cela reviendrait simplement à disposer d'un média gratuitement et en permettre l'accès aux autres. Ainsi, l'irréalité du moyen en fait oublier la sinistre vérité : bien que ce vol soit impalpable, non représentable, il existe, il est de fait ; ainsi, même si le fait de découvrir un artiste par ces médias puisse être une bonne chose, cela reste un vol, au même titre que les vols à la sauvette de la FNAC ou d'ailleurs.
Parallèlement, on ne peut stigmatiser ces "nouveaux hors-la-loi" comme enclins à tout piratage. Face à un bombardement médiatique sans précédent, à un renouveau toujours accru des groupes à la mode, et à une précarité du travail qui pousse à l'économie, comment ne pas être tenté de de récupérer quelques disques illégalement ? Beaucoup d'amis me disent qu'ils préfèrent acheter les disques des groupes qu'il aiment (ou du film qu'ils ont aimé au cinéma) plutôt que de le pirater. Ceci est donc témoin d'une dualité des relations au téléchargement illégal : il n'existe pas des pro-gratuit comme des pro-payants ; seulement des personnes qui cherchent à légitimer leurs choix et à savoir ce qu'ils achètent, et ce même si pour cela ils empruntent des méthodes dites illégales.
Il est de plus en plus courant d'entendre dire que ceux qui piratent sont des irresponsables, des "anarchistes sans foi ni loi" : mais au contraire, ce choix est d'ores et déjà une réflexion. Pour Sartre, être responsable, c'est décider de chaque acte en connaissance de cause et avoir conscience que, par son choix, on engage l'humanité toute entière ; du moment que leur acte ne devient pas systématique et appelle à la découverte, en quoi pourrait-on alors critiquer les pirates de débiles ?
Le piratage réfléchi, qui se fixe pour seul but la découverte de nouveaux univers artistiques et l'apprentissage, n'est pas un obstacle à la création. Au contraire : c'est là même son essence.
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