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Interview de Yves Riesel (Abeille Musique) (2/2) Auteur : Thomas Tacquet Date : 18/02/2005
Zone HD. Abeille Musique, depuis son lancement, se définit comme « une maison de disque indépendante » et proche des attentes du consommateur, dénonçant ainsi le monopole de certains groupes uniquement basés sur la culture à profit. Est-ce toujours possible à l’heure actuelle ?
Yves Riesel. Il n’y a pas de raison que nos objectifs du début aient été modifié. Nous n’avons pas changé. Nous travaillons sur un domaine précis, le disque culturel. Nous n’avons pas le fantasme permanent de décrocher le gros lot au travers d’un tube, ce qui est propre aux adeptes du show business. La structure même de notre entreprise et la manière dont nous avons financé son activité nous met à l’abri de l’obligation obsédante d’avoir à "casser la baraque". Ce que nous essayons de faire c’est de trouver une réponse aux problèmes de distribution auxquels se trouvent confrontés les musiques culturelles, en mettant à profit l’actuelle période de bouleversements pour bouger plus vite que nos concurrents. A l’heure actuelle, c’est simple : nous arrivons à vendre beaucoup plus de ce que les autres vendent de moins en moins.
Comment décrire votre modèle économique ?
Notre projet c’est la distribution de musique culturelle enregistrée, aujourd’hui, demain, après demain ; et épouser les changements en cours afin d’être les premiers au dernier virage , quand l’horizon sera clair. Le modèle économique de ce projet pourrait se définir en deux chiffres au jour où je vous parle : 77% vente de produits aux revendeurs, et 23% vente de produits à travers notre propre site Internet. Je suis en position de Madame Irma pour vous parler de la suite car aucun modèle économique n’ a été mis en évidence qu’il me suffirait de suivre. Je pense que, au cours des 12 mois à venir, notre site proposera l’achat de musique dématérialisée au sens très large, et je ne précise pas nos intentions à dessein. En fait, les gens nous achèterons des disques et de la musique dématérialisée. Ensuite, je nous vois à mi-2007 avec un CA constitué de la sorte : vente de produits tous canaux 77%, revenus de la vente en ligne 23%. A ce moment, et si les petits cochons ne nous mangent pas, il est selon moi probable que la moitié de notre chiffre d’affaire et bien plus de la moitié de nos revenus proviendront de la musique dématérialisée. Pour tout de suite, si j’arrive à fédérer un maximum d’amateurs autour de mon site, je ne perdrai pas mon temps. Sous forme de fichiers téléchargés, de poudre piquante, de vapeur d’eau ou d’hologrammes, si les amateurs sont là, plus facile sera de leur vendre le dernier cri. Ce qui coûte cher c’est d’acquérir une clientèle. C’est ce que nous faisons depuis le début d’Abeille Musique, avec un niveau d’exigence sans équivalent chez nos confrères, qui sont terriblement archaïques et sourds aux attentes de leurs clients.
Pensez-vous qu’une baisse du prix du disque, à la fois au niveau de l’Etat (passage de la TVA à 5.5 %), mais aussi grâce à une réduction des marges pratiquées par les distributeurs, revendeurs et autres maillons de l’industrie du disque pourrait combattre la propagation de téléchargements gratuits, notamment par les réseaux P2P ?
OUI. Je ne pense pas sincèrement que nous obtiendrons la baisse de la TVA. Je crois à l’émergence d’un prix européen. Le disque est plus cher en France qu’ailleurs car des habitudes de confort on été prises… Nous pouvons relancer le marché en baissant radicalement les prix. Il faut passer en dessous de 20 € dans un premier temps, et parvenir à 19 pour tous les disques. C’est urgent. Et cela va susciter de la consommation. Mais à l’heure actuelle, cela ne fait pas les affaires de tout le monde…
Vous même, quelle est votre opinion sur le P2P ? Touche t-il vraiment les genres classique et jazz ?
Il doit bien toucher le classique et le jazz, particulièrement les archives par exemple. Je me fiche pas mal du P2P en vérité. Je crois que l’avenir est, de quelque manière que ce soit, à un abonnement à de la musique à la demande en très haute définition ET à l’achat d’albums, quand ces albums justifieront leur prix et/ou le fétichisme que nous aimons tous à y placer ! Je ne crois pas que des marques comme Abeille aient été touchées de manière sensible par le P2P, ce qui n’est pas le cas de nos collègues de la variété qui eux, incontestablement, ont été frappés de plein fouet. Je trouve qu’on parle peu du problème de la copie abusive, comme si le fait qu’il y ait une taxe suffisait pour rémunérer ce vol propret, ce qui n’est pas le cas. Et dans les cas des musiques dites "adultes", la copie me semble plus dangereuse que le P2P. Mais tout cela devrait passer aux poubelles de l’histoire quand l’industrie saura offrir aux amateurs des systèmes d’abonnements satisfaisants, et bien viser le consentement à payer des mélomanes.
Les adeptes de ces styles de musique sont souvent désignés comme attachés au bon vieux support disque, vinyl comme CD. Néanmoins, le téléchargement en ligne représentera t-il une solution dans ces domaines d’ici quelques années ?
Je ne sais pas pourquoi vous pensez que les amateurs de musiques culturelles sont tant que cela attachés à leurs vieux supports. C’est une question de génération et moi qui ne me résout pas à avoir bientôt 50 ans, je peux vous dire que les gens qui ont 70 ans aujourd’hui en avaient 50 il y a 20 ans, et 20 ans c’était hier. Le temps passe vite, jeune homme. Je connais un vieux monsieur de 75 ans qui s’en est mis pour 3000 € chez Dell, a tout retranscrit en numérique ses archives magnétiques et qui ne touchera plus jamais à ses vieux magnétophones avec lesquels il a vécu 40 ans !
Vous avez depuis peu lancé un portail de radios en ligne. Mais pourtant, en allant sur le site Abeille Musique, aucune possibilité de téléchargement n’est présentée au consommateur. Quelles sont les raisons de ce choix ?
Il n’y a pas de possibilité de téléchargement sur le site abeille actuellement car nous croyons percevoir pour le moment que cette proposition serait d’un intérêt très limité pour nos clients. D’ici peu, nous aurons beaucoup mieux. Quant à notre webradio, elle est pour l’heure expérimentale et nous sert principalement à observer les comportements des gens qui s’y abonnent. Et cela pour une unique raison : répondre au mieux aux attentes de nos consommateurs.
Interview réalisée le 6/02/05.
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